ImageSingulières 2018

vu par les étudiants d'ESJ PRO Montpellier

Projection : 1968, y’a pas de mai

Mouvements lycéens, jeunesses engagées, transformations sociales : cinq court-métrages dessinaient ce vendredi, à l’entrepôt Larosa, le décor d’une année charnière pour la France. Pas de focus sur les manifestations : ImageSingulières donne des éléments de contexte sur la thématique.

« Je suis Antoine Duval. J’ai 40 ans, je suis un Français moyen. Je suis fonctionnaire, j’ai trois enfants. J’ai la télévision branchée sur le canal 2 de l’ORTF. Je fais ce que la télévision me conseille de faire, et je m’emmerde. » 500 spectateurs s’esclaffent dans l’entrepôt Larosa en écoutant Jean Yanne parodier le français moyen. D’ordinaire, une projection sur 1968, cela ne fait pas rire.

C’était sans compter le décalage, le recul, le regard critique, amusé, cinquante ans après. Ce vendredi, le festival photographique ImageSingulières a offert cinq court-métrages, « histoire de planter le décor, de donner des éléments de contexte et de restituer une ambiance », complète Philippe Chénieux, conseiller artistique pour cette projection. « J’ai fouillé les archives de l’Institut National de l’Audiovisuel (INA), raconte Gilles Favier, directeur du festival. J’ai trouvé des petites pépites : ça m’a fait marrer : c’est mieux que TF1 aujourd’hui. »

Des cartons de l’INA, ImageSingulières déballe des émissions, des reportages, des travaux photographiques sur l’année 1968, mais aucune image des mouvements sociaux du mois de mai : « Après tout, c’est bizarre Mai 1968, remarque Philippe Chénieux. A ce moment-là, il y a peu de chômage, il n’est pas évident qu’il y ait une révolte. Cela se joue sur d’autres terrains. »

Goupil engagé

Les organisateurs posent les jalons. Lycées, travail, condition féminine : « la société française se crispe autour de ces thèmes dans les années 1960 », poursuit le conseiller artistique.

Sur l’écran, le jeune visage de Romain Goupil, aujourd’hui cinéaste. En 1967, il a 16 ans, est inscrit en classe de seconde au lycée Condorcet de Paris, et fait partie des Jeunesses Communistes Révolutionnaires. Du fait de ses actions militantes, il est interdit d’approcher son établissement scolaire : « Le motif était d’avoir forcé les autres élèves à ne pas venir au lycée. Comment aurais-je pu tenir un piquet de grève seul alors qu’il y a deux portes d’entrée ? », ironise le révolté chevelu dans l’émission dominicale de l’ORTF, Dim, Dam, Dom.

Marguerite Duras, femme de lettres, regarde le rebelle, amusée, et le questionne : « Pourquoi fait-on de la politique à 16 ans ? ». Romain Goupil rétorque : « On considère qu’il y a certains problèmes pour lesquels on a le droit de s’exprimer. A partir du moment où on a le droit de s’exprimer sur ses problèmes, on doit pouvoir les défendre ».

Pas militants « mais on a des valeurs »

1968 emporte le public sétois à Boulogne-sur-Mer. La journaliste Colette Gouvion amène sa caméra dans les conserveries de la ville : « L’essentiel du personnel concerne avant tout des jeunes filles qui ont entre 15 et 20 ans. Elles travaillent dix heures par jour pour dix francs de l’heure, précise la journaliste. La plupart n’ont pas conscience de la difficulté de leurs tâches. »

Les femmes encore, dans l’émission « celles qui parlent ». Façon Confessions intimes, une jeune divorcée de 38 ans, défend son mari volage qui l’a quittée pour une jeunette : « c’est comme un oiseau qui sort de sa cage et je l’ai libéré ».

Le grand écart ensuite : les guitares des Public Image Limited électrisent l’entrepôt Larosa : This is not a love song berce la danse des gourdins de quelques flics sur des manifestants abattus. Ironique, Jean-Gabriel Périot dépeint L’art délicat de la matraque.

Changement de ton pour le final : les forces russes habillent les clichés saisissants de Josef Koudelka, pour mettre fin au Printemps de Prague. « C’est osé et poignant », décrypte Nathalie, habitante sétoise. « Il y a des messages qui passent : on n’est pas des militants, mais on des valeurs », appuie Philippe Chénieux. Un bon prélude avant la projection du 12 mai : le film Le pouvoir est dans la rue, d’Alain Tanner. Cinquante minutes sur les mouvements de mai 1968, vus par un étranger.

ROBIN SERRADEIL

  • Alain Tanner – Le pouvoir est dans la rue, projection à l’entrepôt Larosa, samedi 12 mai, à 16h30. Entrée libre.
Crédit photo : Robin Serradeil
(Visited 4 times, 1 visits today)

Next Post

Previous Post

© 2018 ImageSingulières 2018