ImageSingulières 2018

vu par les étudiants d'ESJ PRO Montpellier

Le regard saisissant de João Pina sur la guerre du deal à Rio

Terrifiante, glaçante, violente, nous vous proposons au quotidien notre “image du jour”. Cette fois-ci, l’oeil des visiteurs s’est arrêté sur une scène prise par João Pina en 2008. Le jeune Portugais a passé 10 ans à photographier les favelas au Brésil.

Deux dealers présumés ont été arrêtés pendant une opération de police dans le bidonville d’Acaro, au nord de Rio. Ventre à terre, ils sont menottés dans le dos, sous surveillance armée. Le premier, âgé de 15 ans, porte un regard saisissant sur le militaire. Au centre de la photo, il est le sujet de discussion des visiteurs.

“La scène est violente pour ce que c’est au final”, commente Clément, 16 ans, élève en 1ère STI au lycée Champollion, à Lattes. Lui et ses camarades visitent l’exposition de João Pina en présence du photographe. “L’image est surprenante. Ils vivent une réalité différente de la nôtre”, ajoute Léna, aussi élève au lycée. “De leur point de vue, cela doit être le seul moyen de s’en sortir, de se faire de l’argent. Cela fait réfléchir à la vie qu’on a”, reprend Clément. Il a presque le même âge que le jeune dealer.

Séverine s’interroge plutôt sur les conditions de travail du photographe. Comment a-t-il pu avoir accès à une telle scène ? “On sent l’intervention fréquente avec les menottes en plastique. Ce genre d’intervention ne doit pas coûter cher, note la trentenaire venue de Nîmes. On voit le rapport dominant-dominé avec les jeunes à terre. Pour autant, le premier n’a pas l’air terrorisé, il ne regarde pas l’objectif, comme si c’était son quotidien.”

Un regard que Nadine a également remarqué. La quinquagénaire est venue exprès de Paris pour ImageSingulières. “C’est la première chose qui m’a frappée. Tout se passe dans son regard. On sent qu’il est dépassé, on se demande s’il n’est pas au-delà. Il est déjà dans l’après, il se dit : “Dans deux secondes, je vais trouver une parade pour fuir”. Je n’ai pas l’impression que la peur l’habite.” Comme Séverine, Nadine remarque le rapport entre le policier debout et les jeunes couchés. “Je suis très intéressée par la photo, j’ai suivi un cours au Jeu de Paume, à Paris.” Elle observe d’un oeil averti les détails de la composition. “Il y a le peu d’herbe foulée et la porte n’a aucune raison d’être là. C’est un instant saisi, on ne sait pas ce qu’il va se passer dans la seconde qui suit. C’est terrifiant.”

Jacques, 62 ans, et sa compagne Laurence, 53 ans, utilisent le même adjectif. Le couple a fait 85 km pour découvrir le festival sétois pour la deuxième fois. “Le premier jeune n’a pas un visage marqué. Il a presque une maîtrise de son angoisse. L’autre se dit que c’est un mauvais moment à passer. Il y a une terreur dans le regard du premier, il est moins expressif que le deuxième, mais on le sent sans défense. Il s’attend au pire. C’est angoissant”, analyse le couple. “Cette photo est glaçante, elle donne la chair de poule”, confie Laurence. “Cette peur est terrible, on la ressent aussi”, lâche Jacques.

GÉRALDINE JOHN

Crédit photo : João Pina - 46750 © João Pina

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