ImageSingulières 2018

vu par les étudiants d'ESJ PRO Montpellier

Justyna Mielnikiewicz témoigne des identités des pays de l’Est

Au théâtre de la mer, Justyna Mielnikiewicz fait voyager son public autour des frontières russes. La photographe polonaise explique comment les mixités ethniques ont construit les identités des pays de l’Est, 25 ans après la chute de l’Union soviétique.

Regard franc, yeux bleus glacials, cheveux blonds, sweat noué à la taille, Justyna Mielnikiewicz a l’allure de son sujet : les pays de l’Est. Dans son exposition « The meaning of a nation-Russia and its neighbors », l’artiste présente une sélection de 45 photos, des instants de vie captés en Ukraine, dans le Caucase et les autres pays indépendants. « Insistez sur le fait que j’aurais besoin de trois étages pour présenter toutes mes photos, même cinq ! », plaisante la quadra. Derrière ses rires et son dynamisme apparent se cache la finesse d’une femme assoiffée de savoir.

« Je me sens proche du photographe documentaire »

Femme de caractère, Justyna Mielnikiewicz ne mâche pas ses mots : elle ne supporte pas les personnes qui ne s’informent pas. « Les gens pensent encore que l’Union soviétique n’est que la Russie. Or, depuis la chute du bloc soviétique, il y a quinze états indépendants ! », s’exaspère-t-elle. Cette ignorance manifeste justifie son travail. « Mon rôle est d’enregistrer, de raconter qui sont ces habitants des frontières russes. Je me sens proche du photographe documentaire ». Et d’ajouter : « Si on fait des recherches sans en informer le public, ça ne sert à rien de se donner du mal ». Puisqu’elle veut « comprendre », elle a choisi des lieux où elle peut communiquer. A travers ses photographies, la Polonaise met en exergue le brassage culturel et ethnique d’une population qui a vécu 70 ans dans une Union sans frontière. Même si la photographe tient à révéler l’identité propre de chaque pays, elle insiste sur l’hégémonie et le rayonnement russe, « Russia reflected » dans son langage. « Une de mes photos illustre ce brassage. Celle de la petite fille entre ses deux grands-mère, l’une Kazakh, l’autre Russe. C’était formidable de rencontrer cette famille mixte, avec une maman directrice d’une école kazakhe et un papa directeur d’une école russe. » L’exemple parfait pour dessiner toute une histoire.

Les pays de l’est, la guerre

La Georgie, l’Ukraine, la Lettonie… Justyna Mielnikiewicz arpente les quatorze pays depuis deux ans, excluant la Russie. Une moue désapprobatrice, un geste de recul, la femme ne semble pas porter dans son cœur la contrée de Poutine. « La Russie ne veut pas lâcher les pays devenus indépendants car elle a peur qu’ils partent vers l’Europe. Elle ne cesse de s’imposer. Des gens sont morts à cause de ça ! » Les photos de soldats ne manquent pas. Un volontaire ukrainien à la retraite revient du front, le regard vide, sa fille dans ses bras. Des soldats géorgiens attablés, heureux, bien qu’ils soient envoyés en Irak et Afghanistan. Elle suit ces combattants avec son appareil photo depuis la révolution des roses, en 2003. Photographier la guerre était indispensable, car c’est l’histoire de l’ex-Union soviétique. A force de sillonner des milliers de kilomètres pour « traduire visuellement le monde », la Polonaise est devenue Géorgienne de cœur, européenne, « citoyenne du monde finalement ».

MAILYS BRETEAU

Site de la photographe: https://www.justmiel.com

Next Post

Previous Post

© 2018 ImageSingulières 2018