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vu par les étudiants d'ESJ PRO Montpellier

Japon : « Inochi azukemasu-Le don de sa vie » Immersion avec Chloé Jafé dans l’intimité des Yakuzas

Le regard de Chloé Jafé s’est tourné vers le Japon il y a cinq ans. La photographe française est fascinée par la mafia japonaise. Quatre années lui ont été nécessaires pour que son projet aboutisse : photographier les femmes, maîtresses et filles de yakuzas. « Aucune d’entre elles n’auraient accepté de se dévoiler sans l’accord de leur homme », précise la trentenaire. Chloé Jafé a donc dû s’immerger dans l’une des plus grandes organisations criminelles mondiales.

« Mes proches me disaient d’abandonner », mais cela n’a pas suffit à l’arrêter. Elle a consacré sa première année à l’apprentissage de la langue et de la culture, arpentant les rues du quartier rouge de Tokyo. « Je tournais en rond. Mon projet n’avançait pas. » Jusqu’à ce qu’une amie l’invite dans son bar où elle s’occupe de la coiffe d’hôtesses de compagnie. « Il y avait une vraie distance avec les filles. Alors, j’ai décidé de devenir l’une des leurs pour faire partie du sujet. » A ce moment là, Chloé change d’identité : elle s’appelle Anna, elle a une grand-mère japonaise. Cette immersion déplaît aux yakuzas « et ils me l’ont fait savoir. Ils ont volé mon sac, avec tous mes documents. Ils détenaient désormais un bout de moi. » Anna ne trouve plus le sommeil pendant plusieurs mois. Elle prend ses distances avec la photo, question de survie. « Je tournais en rond à nouveau », jusqu’au jour où elle s’est assise sur le trottoir d’une rue appartenant à un de ces chefs mafieux. « Un homme, qui discutait avec la police, s’est approché de moi et m’a proposé une bière. Je ne savais pas qu’il s’agissait d’un chef yakuza. » C’est là que tout commence.

Pour les premiers rendez-vous avec ce dernier, la photographe choisit le lieu et prend soin d’en informer ses proches au Japon par mesure de sécurité. « J’ai expliqué mon projet au chef, donné mon identité, mais pas mon adresse. » Une intimité se crée entre eux. « Il m’a tout de même testé. Il m’a plaqué contre un mur et m’a dit : “Soit je te tue, en mimant un égorgement, soit on va à l’hôtel”. Là, je me suis dit cela craignait. Tu ne sais pas quoi répondre. Il ne rigole pas. Et j’ai répondu : “Prend ma gorge”. Il a esquissé un sourire ». Chloé Jafé est désormais intégrée dans ce groupe de mafieux. Elle explique avoir passé de nombreux instants avec eux, sans son appareil photo. « L’aventure humaine est ma priorité. Aujourd’hui, j’ai un profond respect pour le chef. » L’artiste est devenue sa protégée, bien qu’elle ne soit pas yakuza. « Deux des femmes yakuzas sont devenues mes amies. Mais la femme du chef a encore du mal à m’accepter ».

MAILYS BRETEAU

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