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vu par les étudiants d'ESJ PRO Montpellier

Jamaïque : immersion dans la communauté LGBT+

Présente au festival pour une conférence sur l’immersion, Andréa Mantovani revient sur sa série photographique « Micchi et les QueenS du kooL hoteL ». Entre 2016 et 2017, elle réalise trois voyages à Kingston, capitale jamaïcaine. Andrea veut découvrir le quotidien des personnes homosexuelles et transsexuelles, dans un pays où faire son coming-out peut entraîner une peine allant jusqu’à 10 ans de prison.

« J’ai démissionné, vendu ma voiture et décollé pour Kingston. » Son premier voyage c’est l’aventure. « J’avais trois semaines sur le terrain pour trouver des contacts et sortir quelque chose ». Son sujet en tête, il lui manque un point d’entrée au sein de la communauté LGBT+. Ne sachant où aller, elle commence par faire le tour de la ville en minibus, tous les jours. « Les chauffeurs te reconnaissent, les dealers aussi. Etre une femme dans cette situation m’a aidée. Ils voulaient tous me protéger », sourit-t-elle.

Le périple dure deux semaines. Un soir, assise sur un trottoir, un groupe de quatre Jamaïcains s’installe à côté d’elle, dont Micchi, qui sans le savoir, va devenir sa muse. Ils cherchent un taxi, elle saute sur l’occasion. « Je sens qu’il y a quelque chose à faire avec eux. Je leur paie la course en leur disant que je suis photographe. Je leur donne rendez-vous dans le studio photo d’une connaissance. » Le lendemain, Andréa Mantovani passe sa journée à attendre, « le cœur qui tambourine », mais elle finit par rentrer chez elle. « Et là, mon téléphone sonne. Je décroche : ils sont au studio. » Elle fait leurs portraits et repart en France.

A son retour, elle veut retrouver Micchi. « Je ne savais rien de lui si ce n’est qu’il habite dans un ghetto. » Andréa finit par le localiser et elle lui explique son vrai projet. « Quand je suis entrée dans son intimité, il m’a ouvert les portes de son monde. » Micchi va l’emmener à l’événement de l’année pour les transsexuels : la Fashion Party. « La majorité des clichés ont été pris cette nuit-là. » Lors de cette fête, les hommes peuvent s’habiller en femme le temps d’une nuit. Andréa suit les préparatifs dans l’hôtel de passe où Micchi réside. Pour entrer à la Fashion Party, elle se fait passer pour une écrivaine.

Au petit matin, alors qu’ils cherchent un taxi, des hommes se rapprochent d’eux. « Micchi et ses amis sont habillés en femme. Il est 6h du matin, je sens que ça va très mal finir. On se rend compte que le sujet vous imprègne, et on se met en danger. » Finalement rentrée à l’hôtel sans encombre, Andréa découvre que ses affaires ont été volées. « Ça part dans tous les sens et je quitte à nouveau la Jamaïque. » Elle retourne une dernière fois à Kingston. Micchi vit désormais avec son amant. Ce dernier, jaloux, se met à poursuivre Andréa, machette à la main, dans le jardin. Et encore une fois, elle s’enfuit sans pouvoir faire de nouveaux clichés.

Réussir son immersion « est une question de temps. Il faut ressentir le moment, être patient et surtout, être tenace ». Quant aux clichés de « Micchi et ses QueenS du kooL hoteL », Andréa Mantovani publie seulement celles de Micchi. « Nous avons un lien de confiance. Encore l’autre jour je l’avais au téléphone. Pour les autres je ne publie rien, je ne veux pas qu’ils subissent de répercussions dans leur pays. »

MORGANE BRET

Crédit photo de Une : Micchi vu par Andréa Mantovani

 

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