ImageSingulières 2018

vu par les étudiants d'ESJ PRO Montpellier

Sous-représentées, les femmes sont-elles moins bonnes photographes ?

Quatre. C’est le nombre de femmes exposées cette année à ImageSingulières. A l’inverse, on compte neuf hommes. Pour autant, son directeur artistique Gilles Favier refuse d’en venir à une forme de « discrimination positive ».

« Vous m’engagez dans un gros débat et je trouve qu’il est très biaisé. » Lorsqu’on évoque la place des femmes dans la photographie, Gilles Favier, directeur artistique du festival ImageSingulières, est d’abord réticent. L’an dernier, celui qui est aussi photographe, raconte avoir été contacté par le magazine de photographie Fisheye dans le cadre d’un hors-série intitulé Femmes photographes, une sous-exposition manifeste. Pas un très bon souvenir pour l’homme aux lunettes rondes. « Je me suis fait allumer », lance-t-il.

En croisant les données de cinq festivals photographiques (1) sur dix années, un constat tombe : sur 1 067 expositions individuelles, seules 311 étaient consacrées à une femme photographe. Moins d’un tiers. Et dans le domaine, ImageSingulières est plutôt mauvais élève avec 17% d’expositions féminines. « Quand je sélectionne un projet pour le festival, je me fous de savoir si c’est un homme ou une femme qui l’a fait, se défend Gilles Favier. Pour autant, il ne faut pas, qu’à qualité égale, une femme soit “ségréguée”. Il faut être vigilant. »

Le féminisme… vu par les hommes

Lorsque que Fisheye a mené son enquête, il raconte avoir reçu un questionnaire adressé à tous les présidents de festival de photographie. A la question de savoir si une « discrimination positive » était nécessaire pour rendre le travail des femmes photographes plus visible, sa réponse est claire : « Non ». Selon lui, la qualité du travail est l’unique critère de sélection des projets exposés à Sète. Cette année, on compte neuf hommes exposés pour quatre femmes. 30% de femmes derrière les boîtiers.

Pour Chloé Jafé, c’est la diffusion du travail des femmes photographes qui pose problème. © Maxime Pionneau

Existerait-il une habitude, un confort des organisateurs de festival qui les fait privilégier le travail des hommes ? « Bien-sûr », lâche Chloé Jafé, l’une des quatre femmes photographes exposées cette année. Pourtant, l’idée d’instaurer des quotas ne lui semble pas judicieuse. « C’est bien que le travail soit choisi de manière qualitative », estime-t-elle. « Ce n’est pas une question d’homme ou de femme, mais de bon ou de mauvais travail », insiste de son côté la photographe polonaise Justyna Mielnikiewicz, autre femme exposée à ImageSingulières. « Mais c’est bien que la question soit soulevée, parce qu’en terme de qualité, on est là, poursuit Chloé Jafé. Les femmes photographes existent depuis toujours. »

« Aujourd’hui, les écoles de photographie sont remplies de jeunes femmes, détaille le directeur d’ImageSingulières. Jusqu’à il y a 15 ans, les femmes n’avaient pas accès à ce métier. Il y a des ovnis comme Jane Evelyn Atwood ou Susan Meiselas. Mais les autres, il faut les fabriquer. » Un processus qui, selon lui, prend du temps : « J’ai 60 ans et j’arrive à maturité photographique. Laissons les choses se faire. »

La photographe polonaise Justyna Mielnikiewicz affirme ne jamais avoir été confrontée au sexisme dans le milieu de la photographie © Maxime Pionneau

Pour lui, la véritable bataille se trouve dans le choix des sujets. Gilles Favier évoque une exposition croisée dans les gares de Sète et de Lyon (à Paris) : un travail collectif sur « les luttes féministes » présenté pour cette 10e  édition. « Pour moi, c’est une exposition féministe, tout simplement. Parmi les trente ou quarante photographes qui ont participé à cette expo, il n’y a qu’une seule femme, Janine Niépce. Au XXe siècle, c’était les hommes qui parlaient des femmes, en photographie. » Pour lui, la réalité féminine peut aussi bien être captée par une femme que par un homme.

« En terme de qualité, on est là »

Pour Chloé Jafé, 34 ans, il n’existe pas de retard structurel des femmes dans la photographie. Ni de génération de photographes qui, enfin, débarquerait et se formerait doucement. « Elles ont été beaucoup moins diffusées, tranche-t-elle. Il y a beaucoup de femmes photographes qu’on connaît très peu aujourd’hui. Comme Françoise Huguier. Pour moi, c’est une très grande dame. »

Les deux artistes récusent l’idée d’une « sensibilité féminine » particulière. « On a des regards différents, toutes et tous. C’est plus individuel qu’autre chose », précise Chloé Jafé. Il y aurait cependant des situations que les femmes seraient plus aptes à couvrir. « Il y a des portes qu’on ouvre moins facilement aux hommes », estime cette dernière. Justyna Mielnikiewicz ajoute, comme une évidence : « Si vous voyez une photo d’une femme prendre un bain dans un pays musulman, la photo a été prise par une femme… ».

MAXIME PIONNEAU

(1)   Les Rencontres d’Arles, Visa pour l’image, Circulation(s) et ImageSingulières.

Crédit photo de Une : Chloé Jafé

 

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