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vu par les étudiants d'ESJ PRO Montpellier

Gabriele Basilico : aux frontières de l’urbain et de la nature

Dans une série sur les côtes du Nord de la France, l’artiste italien réalise, dans les années 1980, un travail photographique sur la frontière entre la mer et le construit. Giovanna Calvenzi, veuve du photographe décédé en 2013, revient sur ces créations.

La Manche fait face à Dieppe. Quelques bâtisses de béton observent, silencieuses, le bras de fer entre la mer et la cité portuaire de la Seine-Maritime. Sur les côtes du Nord de la France, urbain et marin se confrontent. Et se confondent : « ce qui intéressait Gabriele Basilico », souligne Giovanna Calvenzi, compagne du défunt photographe.

Dieppe, Le Havre, Le Tréport… Sa série Bord de Mer compte près de quarante photographies frontales et monochromes. Gabriele Basilico y sublime le contraste entre la nature et la ville. « Gabriele travaillait sur les usines, les frontières, les banlieues : là où la ville se termine et la nature commence. »

Tour photographique

L’aventure côtière de Gabriele Basilico, c’est avant tout une affaire de concessions, puis de rencontres. Diplômé d’architecture en 1973, il tourne son objectif vers les usines de sa ville natale : Milan. L’appareil photo devient moins un outil de travail qu’un objet de passion. En découle une première série de photographies : Portraits d’usine. « François Hers, photographe belge, a vu cette exposition, témoigne Giovanna. Il a alors demandé à Gabriele de participer à la mission photographique de la DATAR (*). Cet organisme s’occupait à l’époque de l’aménagement des territoires. L’objectif était de faire un état des lieux sur ce qu’il se passait sur le territoire français à la fin du siècle. »

Sa compagne décrit six mois de travail payés à voyager avec 28 autres photographes. Pour Gabriele, Bord de Mer devait être un tour photographique des côtes françaises dans leur intégralité. L’artiste part de Belgique : « Après deux mois de voyage, il était seulement arrivé au Mont-Saint-Michel. Là, il a compris que ce serait compliqué de faire le tour de la France », raconte Giovanna. Entre 1984 et 1985, il parcourt 400 kilomètres en voiture, boussole et boîtier à la main et s’arrête à l’estuaire du Couesnon aux portes de la Bretagne.

S’ouvrir aux paysages

Le paysage n’est pas une évidence pour Gabriele Basilico. L’artiste exècre la photographie touristique et dénigre les cartes postales. Le voilà au Tréport, en Normandie : le vent balaye un paysage riche de reliefs, de couleurs et de mouvements. Le ciel, d’abord délaissé, occupe une place de plus en plus importante. Le noir et blanc accentue les formes des nuages.

Le photographe prend sa boussole et attend la lumière idéale : « Il a compris à ce moment-là qu’il lui était possible de photographier les paysages », se souvient Giovanna. Gabriele y va de ses premiers clichés sur les reliefs normands. Sur ses photographies, il écarte l’homme et ne garde que sa trace laissée dans le bâti.

Une trentaine d’années plus tard, le Lombard est exposé à Sète : « Ici, la mer est moins violente », décrit Giovanna. De son boîtier, l’Italien aurait capturé le port de la ville héraultaise : « C’était pour lui un lieu où la main de l’homme saisit la nature. »

(*) DATAR : Délégation interministérielle à l’aménagement du territoire et à l’attractivité régionale.

ROBIN SERRADEIL, VICTOR TILLET et JEAN-ADRIEN TRUCHASSOU

Crédit photo : Gabriele Basilico (photo de Une) et Robin Serradeil.
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