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vu par les étudiants d'ESJ PRO Montpellier

LES YAKUZAS SE METTENT À NU

Chloé Jafé, photographe française de 34 ans, est partie chercher l’adrénaline au pays du soleil levant en 2014 : « j’ai toujours eu un petit faible pour les gangsters », confie-t-elle. Elle a vécu avec des femmes de yakuzas*, la mafia japonaise. De ces rencontres, elle a réalisé la série « Inochi Azukemasu, le don de sa vie ». Ce projet était censé durer un an : elle est revenue en France seulement ce mois-ci. Elle raconte.

« Etre photographe, ce n’est pas toujours prendre des photos. C’est aussi prendre le temps pour s’immerger ». Assistante pour la prestigieuse agence Magnum, Chloé Jafé a voulu renouer avec le terrain et suivre son goût du risque. A Tokyo, les rues semblent sûres. La présence des yakuzas a comme éradiqué la petite criminalité. Européenne, Chloé peut marcher dans les rues de la capitale le cœur léger. La mafia japonaise, craint par la population, joue un rôle dans la sécurité du pays, presque autant que la police elle-même. Et lors de la catastrophe de Fukushima, le crime organisé était même présent pour aider la population… « Un citoyen lambda n’a rien à craindre des yakuzas. Par contre, un chef d’une grande entreprise doit faire attention », explique Chloé. Si ces gangs mafieux se fondent dans la société, pour entrer dans leur univers, il faut s’armer de patience.

« Prendre le temps de s’immerger »

A la recherche de premiers contacts, elle s’aventure d’abord dans le quartier rouge de Tokyo, où prostitution et drogues se cotoient. Elle en ressort bredouille. Les jours passent. Elle finit par décrocher un poste d’hôtesse dans un club fréquenté par la mafia et apprend la langue. Puis, Chloé Jafé rencontre un chef de gang dans l’effervescence du festival Sanja, une fête religieuse. Le seul jour de l’année où les yakuzas paradent ouvertement, torses dénudés et tatouages dévoilés. Là bas, se faire tatouer reste tabou.

L’homme est à la tête d’une des trois familles de yakuza : les Sumiyoshi-kai. Il lui accorde le droit de prendre les femmes en photo. Elle rencontre Maïko qui devient son amie. Elle lui rendra hommage, comme à tant d’autres, au fil de ces clichés intimistes. Chloé tourne l’objectif vers ces femmes de l’ombre, qui jouent pourtant un rôle primordial dans les familles mafieuses. « Qu’elle soit maîtresse, épouse ou petite copine, sans elles, les hommes ne sont plus rien. Elles apportent un soutien psychologique. Une présence importante », raconte Chloé. Un don de douceur dans un univers qui reste violent, à l’instar de la photographie d’une femme, dévêtue, allongée dans son lit, marquée par des éclats de peintures rouges. Si seul l’homme peut être yakuza, lorsqu’il est en prison ou qu’il meurt, son épouse reprend le business…

Après ces quatre années passées avec des « gangsters » japonais, et surtout avec leurs compagnes, Chloé Jafé est tombée amoureuse du Japon. Ce voyage au pays des yakuzas n’est que le premier d’une trilogie nipponne. Elle prépare un projet sur l’île d’Okinawa, et un autre sur des jeunes de la rue à Osaka.

ARIELLE BOSSUYT

*yakusa est une combinaison perdante d’un jeu de carte japonais. C’est un nom que donne la population à la mafia japonaise mais ses membres n’utilisent pas ce terme.

 

 

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