ImageSingulières 2018

vu par les étudiants d'ESJ PRO Montpellier

S’informer, ce n’est pas inné, ça s’apprend

A l’Agora, ce mercredi, l’heure est au débat sur la pratique journalistique et sur l’éducation aux médias. Un domaine que connaît bien Alain Pinol, référent local du Clemi*.

 

Quel est le rôle du Clemi ?

Il a été créé en 1983. Il est chargé, au sein de l’Education nationale, d’éduquer aux médias de l’information. Ses fondateurs viennent de la pédagogie de projet: ils prônent l’apprentissage par la pratique. Avec les élèves, nous déconstruisons le discours médiatique. Puis, nous les faisons pratiquer. Ecriture, radio, web TV, comme cela, ils se rendent compte du travail de journaliste.

 

Venez-vous du monde des médias ?

Pas du tout, je suis professeur d’histoire-géographie. Les membres du Clemi sont des enseignants. A l’Académie de Montpellier, nous travaillons beaucoup sur la photo, notamment lors des festivals Visa pour l’image (à Perpignan) ou ImageSingulières (à Sète).

 

Les jeunes d’aujourd’hui sont-ils aussi bien informés qu’il y a 20 ans ?

Il y a une offre médiatique immense qui s’est diversifiée. C’est assez compliqué de s’adapter.

Ils ne s’informent pas de la même manière. Mais on pourrait dire la même chose pour des adultes ! Maintenant, on intègre les parents. On a d’ailleurs publié le « Guide de la famille Tout-écran » l’an dernier. On a besoin d’éduquer tout le monde sur ces sujets.

 

D’autant que le journalisme est une profession qui suscite une certaine défiance…

Il y a une transformation des médias. Quand on regarde le paysage médiatique, on se rend compte qu’il faut être dans l’immédiateté. Il y a ce flux permanent d’information. Énormément de médias sur le net se contentent de mettre en ligne les dépêches AFP.

 

Vers quelles formes de médias poussez-vous les jeunes à s’informer ?

Nous sommes attachés au pluralisme. On essaye de leur montrer qu’il existe différents supports. Pas seulement « les grands médias ».  Par exemple La Revue dessinée : une revue trimestrielle de reportage en bande dessinée plutôt sur le temps long. Sur le net, il y a Les Jours.

Pour Alain Pinol, l’éducation aux médias passe par la compréhension du métier de journaliste.

Depuis l’élection de Donald Trump, on parle beaucoup de « fake news ». Quel regard portez-vous sur cette problématique ?

Le terme « fake news » cache la forêt de l’éducation aux médias. Avant Donald Trump, on n’en parlait pas. Quand il utilise cette expression, il désigne une information qui le dérange. Moi, je préfère parler de « désinformation ». Ce n’est pas nouveau. C’est quelque chose qui existe depuis bien plus longtemps, avant même internet. Les armes de destruction massive de Saddam Hussein n’ont jamais existé. Pourtant, cette fausse information a déclenché la guerre d’Irak. Ce qui change aujourd’hui, c’est la vitesse à laquelle elles se diffusent. C’est ce qu’on appelle les informations virales.

 

Votre rôle est donc d’apprendre à démêler le vrai du faux ?

On a l’impression que l’éducation aux médias, aujourd’hui, se limite à cela. C’est trop réducteur. Le travail médiatique est subjectif, il dépend des journalistes qui ont tout à fait le droit d’avoir un point de vue. Un journaliste doit être honnête, mais l’objectivité n’existe pas. Il y a une différence entre un mensonge et une opinion.

 

Que pensez-vous du projet de loi « anti-fake news » ?

Je pense qu’on n’a pas forcément besoin de ça. Il y a déjà la loi de 1881 sur la liberté de la presse qui interdit la diffusion de fausses nouvelles.

 

Cette loi est justifiée par une manipulation des médias d’Etat russes…

Alors ça, ça m’énerve. On ne parle que de la manipulation par les médias russes. Tout à l’heure, on donnait un exemple avec les armes de destruction massive. La première guerre d’Irak a été déclenchée suite au témoignage d’une prétendue infirmière, dans une maternité au Koweït. Elle disait que des militaires irakiens avaient jeté  par terre les bébés des couveuses. Elle a fait pleurer les membres du Congrès américain. Finalement, on s’est rendu compte qu’elle était la fille de l’ambassadeur du Koweït aux Etats-Unis.

 

Propos recueillis par
MARTIN CHOISELAT et MAXIME PIONNEAU

*Centre de liaison de l’enseignement et des médias d’information

(Visited 17 times, 1 visits today)

Next Post

Previous Post

© 2018 ImageSingulières 2018