ImageSingulières 2018

vu par les étudiants d'ESJ PRO Montpellier

Meyer : quand vient la Lune, le loup est de sortie

Photographe indépendant, Meyer dévoile à Sète des photos inédites des années 1990. Dans l’exposition “Lunacy”, l’artiste revient sur les débuts des rave-parties underground en Ile-de-France.

Gennevilliers secouée. La musique House et ses grosses basses transcendent quelque 5000 raveurs, regroupés dans de vieilles bâtisses laissées à l’abandon. Au-dessus des têtes, un projecteur dessine une lune et éclaire les visages de jeunes loups qui hurlent. La nuit est sombre. Meyer est là dans l’ombre, à l’affût. Il faut l’imaginer, son Leica à la main, le sourire en coin. Assez conscient, malgré la drogue, pour appuyer sur le déclencheur.

« Meyer est un chien fou, une grande gueule dans le bon sens du terme. Il est connu pour ça ». Parole de Gilles Favier, directeur du festival ImageSingulières. Pas de prénom pour ces artistes “cachés”. La clope électronique à la main, le cuir sur les épaules, les lunettes sur la tête, le photographe garde la marque de ses jeunes années passées dans les rave-parties. Le regard ailleurs, les traits tirés, comme si la vie était une fête permanente.

Solitaire

Il croque à tout le loup. Meyer, c’est une vie de grands écarts qui nourrit sa créativité : le cinéma de Cassavettes pour s’émouvoir, la funk de James Brown pour s’amuser, et la noirceur du Velvet pour toucher son public. Des bureaux de la mairie de Noisy-le-Sec aux montagnes d’Argentine, en passant par les grands espaces d’Afrique de l’Ouest : en photographe indépendant depuis 20 ans, Meyer plonge dans la précarité pour un peu d’aventure.

Et comme le loup chasse mieux en meute, en 1996, il rejoint le collectif de photographie Tendance Floue. Meyer court après les projets et gagne les moyens de s’exprimer, mais reste un solitaire : « J’ai jamais été fan du réseautage. Je reste dans la catégorie sauvage. »

Fête controversée

« La rave party et la corrida sont les deux trucs qui m’ont le plus fasciné dans ma vie de photographe. Les deux sont polémiques », confie le photographe. La célébration controversée, dénigrée parfois, au plus grand désarroi de cet épicurien. Pour défendre l’indéfendable, Meyer offre des pistes : « Je suis producteur de contenu, mon idée est de fournir des éléments de compréhension. » Engagé donc.

Il fallait au moins cela pour sauter le pas. Et quelques années de recul. Dans les 1990, le loup ne fait pas qu’observer. Il s’immisce dans son objet, prend part aux soirées, et mord pour savourer : « J’étais plus acteur que témoin, ricane le noceur, dans sa barbe de trois jours. Mais à l’époque, il était hors de question de montrer ces photographies par souci d’éthique et d’anonymat. » Plus de vingt ans à sommeiller, avant de sortir de sa tanière. Voilà donc une dizaine de clichés sorties de terre : “Pour moi, il était hors de question d’utiliser ces images et de les diffuser. Mais aujourd’hui, il y a prescription”.

ROBIN SERRADEIL

Crédit photo : Robin Serradeil / Intégrées dans la vidéo : Meyer

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