ImageSingulières 2018

vu par les étudiants d'ESJ PRO Montpellier

Mai 68 : des photos d’archives cachées ressurgissent

Des manifestants tabassés, Cohn-Bendit assoupi dans un bar avec des étudiants… Ces photos d’un fonds d’archives de Mai 68 sont exposées à ImageSingulières. Une exposition inédite que l’on doit à l’agence de presse historique Roger-Viollet.

« Il fallait marquer le coup. Le tempo du calendrier, avec les 50 ans de Mai 68 qui tombaient pile au moment du festival, nous étions obligés », lance Gilles Favier, le directeur artistique d’ImageSingulières. Pourtant, cela n’était pas gagné d’avance.

Il a d’abord fait un tour d’horizon des fonds d’archives sur Mai 68 parmi lesquels figurent ceux de Gilles Caron et Claude Raymond-Ditivon, Bruno Barbet de Magnum, ou encore Henri Cartier-Bresson. « Ce sont les oeuvres de photographes connus, souligne-t-il, convaincu qu’il était important de trouver autre chose. Quel intérêt de faire venir les gens à Sète pour montrer du déjà vu ? » Quelques mois avant, inquiet, il pensait même ne rien faire.

Dominique Lecourt © Cédric Rémia

Gilles Favier a donc appelé Dominique Lecourt, maître d’oeuvre de l’agence Roger-Viollet, avec qui il collabore presque tous les ans depuis le début du festival. « Cela faisait deux ans que je travaillais sur un fonds de photographies qui appartenait au journal France-Soir, vendu en 2012.», se remémore Dominique Lecourt qui a intégré cette agence il y a vingt ans. Les deux hommes se mettent d’accord et se retrouvent à Paris.

De 30 000 photos inédites à 54

En mai 68, plus d’une vingtaine de photographes de France-Soir étaient dans les rues de la capitale, jour et nuit, pour figer dans le temps les affrontements entre policiers et manifestants. Cinquante ans après, il était nécessaire de les contacter pour avoir les droits d’auteurs. « Malgré cela, Dominique m’a assuré qu’il y avait ce qu’il fallait pour réaliser une exposition », explique Gilles Favier qui n’a pu visionner le résultat final que fin janvier. En effet, plus de 30 000 photos ont dû être présélectionnées. « On a regardé cela comme on lit un livre, en essayant de faire une narration. On est tombé à 8 000, puis 2 000, puis enfin ici, à 54. »

Pour opérer sa sélection, le directeur artistique souhaitait recueillir des clichés de violences, mais aussi des images prises en dehors de ces heurts. « On voulait cette image de Cohn-Bendit, où il est vautré dans un café, avec des nanas super mignonnes autour de lui. En fait, on voit qu’il y a un off de ce Mai 68 : la libération sexuelle. Il y a des nanas, des jeunes mecs, ils picolent, ils baisent », confie-t-il.

Un choix éditorial

Pourquoi toutes ces photos ne sont-elles, pour la plupart, jamais parues ? La ligne éditoriale de France-Soir, influencée par son orientation politique, n’a pas permis d’éditer toutes ces photos. « C’était un journal de droite. Le choix des photographies de Mai 68 étaient toujours du côté des flics. France-Soir était un suppôt du gouvernement. Quand ça débordait, ils ne le montraient pas. Par contre, les ultras-gauchistes à la Sorbonne, ça, le journal le montrait », estime Gilles Favier. « Les photographes de ce journal étaient des tâcherons. Ils devaient ramener quelque chose. D’autant plus que France-Soir était décliné en sept éditions”, ajoute Dominique Lecourt.  

Pour Gilles Favier, cette image extrêmement violente structure l’exposition. Crédit : Agence Roger Viollet.

Parmi les photos conservées par l’agence de presse, certaines sortent du lot. « Beaucoup d’entre elles étaient moins esthétiques que celles de Gilles Caron etc., mais avec un plan documentaire très intéressant », poursuit-il. Selon Gilles Favier, l’une d’elles structure l’exposition. Il s’agit de celle d’un manifestant couché sur les pavés, dévisagé par une multitude d’appareils photos. « C’est l’image de Mai 68 la plus violente qu’on ait vue, soutient le directeur artistique du festival. Avec notre exposition, les gens les découvrent pour la première fois. »

SÉBASTIEN LUCOT ET CÉDRIC RÉMIA

Crédit Photo de Une : Evènements de mai-juin 1968. Voiture brûlées à l’angle de la rue Chomel et du boulevard Raspail. Paris (VIIème arr.), 11 juin 1968. Photographie de Bernard Charlet et Claude Poensin-Burat. Fonds France-Soir. Bibliothèque historique de la Ville de Paris. © Bernard Charlet et Claude Poensin-Burat / Fonds France- Soir - BHVP / Roger-Viollet
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