ImageSingulières 2018

vu par les étudiants d'ESJ PRO Montpellier

“Comme une bonne chanson, la bonne photo est celle que l’on n’attend pas”

Onirique, voluptueux, mystérieux. Nombreux sont les adjectifs pour décrire le travail du photographe suédois Martin Bogren. Son projet « Italia » laisse une autre impression à cette Italienne devant l’exposition : « Vos photos sont caricaturales. Mais, ne le prenez pas mal, c’est un compliment ! Elles sont digne d’un film des années 50. C’est beau. » L’artiste nous répond à ce sujet.

Comment êtes-vous venu à la photographie ?

Je voulais être musicien. Mais je n’étais pas assez bon (rire). Je viens d’un petit village de Suède à côté de Malmö, qui avait tout de même une sacrée scène musicale, avec des groupes du monde entier. J’avais des amis musiciens et j’ai commencé à prendre des photos de concerts. Je ne me suis jamais demandé pourquoi. C’est devenu une évidence. Puis, j’ai eu la chance de suivre le groupe d’un ami : les Cardigans. Ils étaient très populaires au Japon. J’ai pu les accompagner là bas et réaliser mon premier book photos. J’en étais très fier… même si ce n’était pas le meilleur (rire).

 

Dans « Italia », vous capturez des moments de vie. La photographie musicale a-t-elle été un déclic ?

En quelque sorte. Quand je suis allé au Japon, je n’ai pas fait que des photos de concert mais aussi des coulisses, des chambres d’hôtels. Et dans la musique, capturer ces moments de vie est une évidence. Il y a toute une énergie qui se présente directement à vous. D’ailleurs, une bonne photo est celle qu’on n’attend pas… comme une chanson. Celle qui vient toute seule.

 

Quel est votre parcours de photographe ?

Après mon séjour au Japon, je suis devenu photographe professionnel. J’ai fait des portraits, des reportages en fonction des commandes. Et avec ce statut, j’ai dû m’en tenir à une certaine technique. Puis, quand j’ai eu 40 ans, je me suis rendu compte que je m’étais perdu. J’avais besoin de retrouver cette joie des premiers clichés, cette façon d’être plus spontané, ce « feeling » que j’avais égaré en faisant trop attention à la technique. Pour moi, la photographie est avant tout une part de soi-même.

 

“Italia” vous a permis de renouer avec la photographie des premiers jours ?

Non, ça n’a été que la continuité. En fait, j’ai arrêté d’être photographe professionnel. Je suis parti à Cuba où j’ai pu vendre quelques-unes des photos que j’ai réalisées. Mais surtout, je suis revenu dans mon petit village de Suède. Le même que j’avais fui lorsque j’avais 17 ans. Je me suis posé, pris quelques clichés. De ces retrouvailles est né un nouveau livre : Lowlands. Ensuite, je suis parti du côté des pays de l’Est puis en Italie.

 

Pourquoi ce choix de l’Italie ?

J’ai été invité pour une résidence artistique. Je ne savais pas ce que j’allais y trouver mais j’étais impatient de le découvrir. En tant que Suédois, le tempérament m’a changé ! En Suède, nous sommes plutôt sérieux et timide. Quoi qu’il en soit, mes photos ne sont pas au sujet de l’Italie. Chaque photo est un autoportrait. Donc je me plais à croire que moi aussi j’ai un petit côté méditerranéen bien enfoui (rire).

 

Vous prenez beaucoup de portraits ? Comment faites-vous pour avoir la confiance de gens ?

C’est une façon d’être. Quand on débute, on s’inquiète de voir ce qu’ils vont penser. On est hésitant. Mais avec l’expérience, aborder les gens devient plus facile. Car on a plus confiance en soi et ça se ressent. Si cela ne passe pas, on s’excuse et on passe à autre chose. Et parfois, ces rencontres éphémères se transforment en amitié.

 

Quel est votre prochain projet ?

Retour en Suède ! J’ai été dans les dancefloor de rase campagne en Suède, où jeunes et vieux se côtoient pour danser, flirter et faire l’amour. C’est très populaire dans ces petits villages puisque, à part ça, il ne se passe rien d’autre. Le livre est en cours de finition et s’appelle « August song ».

ARIELLE BOSSUYT

Crédit photo : Martin Bogren (à droite) échange avec une des visiteuses sur son travail "Italia" © Arielle Bossuyt
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