ImageSingulières 2018

vu par les étudiants d'ESJ PRO Montpellier

Stéphane Couturier : « Sète est une ville très belle mais pas facile à traiter »

À 60 ans, Stéphane Couturier est l’une des figures de la photographie plasticienne française. Après un début de carrière dans les années 90 à Paris, il a réalisé de nombreuses séries sur différentes villes du monde entier. Le festival ImageSingulières lui confie la résidence sur Sète cette année. Sa technique : fusionner deux images d’un même quartier pour le rendre plus vivant.

Pourquoi avez-vous choisi Sète ?

Je connais cette ville depuis très longtemps. Ma mère était d’origine sétoise, donc je viens tous les ans quatre à cinq jours pendant l’été. Elle ne m’était pas inconnue avant de faire cette résidence artistique pour le festival ImageSingulières. Chaque année, depuis dix ans, ils invitent un photographe à travailler sur Sète pour faire une exposition et un livre qui sort au moment du festival, en mai. L’été dernier, ils m’ont demandé si j’étais intéressé.

Comment avez-vous abordé cette résidence artistique ?

Avoir Sète comme sujet était à la fois simple et compliqué car cette ville n’est pas si grande. Par exemple, à Marseille, il y a des bâtiments particuliers et monumentaux. Sète, finalement, est très belle en soi mais elle n’est pas forcément facile à traiter. Le terrain de jeu est assez limité. C’est une contrainte qui peut toutefois se révéler intéressante. Il faut essayer d’arriver à trouver son esprit et se l’approprier avec sa propre vision artistique.

L’exposition de Stéphane Couturier sur Sète est composée 17 oeuvres originales.

Comment avez-vous travaillé ?

J’ai continué une expérimentation que j’avais déjà traitée par le passé : le melting point, c’est-à-dire la fusion de deux images. L’idée est d’avoir une image hybride, un peu plus fluide, moins statique, qui donne à voir deux moments d’un lieu en même temps. Le but est de prendre deux éléments connexes, comme deux bâtiments d’un même quartier, tout en jouant sur les matières et les couleurs. Sète, c’est quoi ? Il y a le Mont Saint-Clair, les canaux, les bateaux, les ponts, le port de commerce, la mer, le centre-ville, le quartier Pointe Courte, la corniche, etc. Pour chacun de ces éléments, j’ai élaboré des familles d’images. A partir de là, j’ai essayé de les associer deux par deux pour synthétiser le lieu.

Qu’apporte ce procédé ?

Il donne la sensation au spectateur d’être sur place. Une seule photographie est souvent assez faible pour rendre l’image plus vivante car il n’y a ni son ni mouvement. L’ajout d’une deuxième image permet de la rendre plus dense et expressive, à la manière de la réalité augmentée. Cela permet, par exemple, d’imaginer des bateaux qui tanguent sur un port. C’est une sorte de tableau photographique.

Les oeuvres du photographe plasticien ont pris place dans l’enceinte de la Chapelle du Quartier Haut.

Combien de temps avez-vous pris pour réaliser cette exposition ?

Dans un premier temps, il y a un travail de prise de vues, puis de superposition d’images réalisées sur un logiciel informatique. C’est en quelque sorte une déconstruction et une reconstruction de l’image. J’ai commencé en octobre dernier pour terminer en février, soit cinq mois pour une trentaine de photos. La retouche m’a pris quatre mois alors que la photographie en elle-même seulement un.

Comment les premiers visiteurs sétois perçoivent-ils vos oeuvres ?

En général, les gens sont enthousiastes et me disent qu’ils retrouvent l’atmosphère de Sète et ses couleurs. Cela me fait plaisir parce que mon but est d’être le plus proche des sensations que l’on ressent lorsqu’on est ici.

ImageSingulières fête son dixième anniversaire, que représente ce festival pour vous ?

Ce festival est davantage centré sur le reportage et l’image documentaire et donc très connoté sur le noir et blanc. Au départ, j’ai d’ailleurs été surpris d’être sollicité car je suis dans quelque chose d’assez différent. À mon avis, les organisateurs ont voulu faire un pas de côté par rapport aux autres travaux qui ont été faits sur Sète, sans doute pour renouveler l’esprit du festival.

Texte et images : SÉBASTIEN LUCOT ET CÉDRIC RÉMIA

 

Infos pratiques :

Exposition (17 oeuvres) du 8 au 27 mai à la Chapelle du Quartier Haut à Sète – Gratuit.
Livre (32 oeuvres) « ImageSingulières SETE #18 » aux éditions Le bec en l’air – 25€.
Site internet : www.stephanecouturier.fr

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