ImageSingulières 2018

vu par les étudiants d'ESJ PRO Montpellier

Cohn-Bendit est-il soûl ou simplement fatigué ?

touchante, attirante, étonnante, nous vous proposons au quotidien notre « image du jour ». En ce lancement de festival, l’oeil des visiteurs s’est arrêté sur une photo prise il y a 50 ans, le 8 mai 1968…

« Cohn-Bendit, c’est quelqu’un de bien, mais je trouve qu’il a un peu retourné sa veste. Il est passé de révolutionnaire à « macroniste » ». Même 50 ans jour pour jour après la prise de ce cliché, la figure de Mai 68 ne laisse pas indifférent. Michel, 64 ans, s’est attardé un petit moment sur cette photographie de Tony Brosco. Le jeune meneur franco-allemand, le regard vide et pensif, est attablé et avachi dans un troquet avec quatre amis. « J’ai l’impression qu’il est fatigué et même peut-être un peu soûl », se marre Michel.

Caroline, elle, préfère relever l’étudiante, cigarette aux lèvres, aux côtés de Cohn-Bendit : « Cette photo m’évoque surtout la présence féminine dans ce mouvement. La jeune femme au centre a une force impressionnante dans le regard, elle dégage beaucoup de sérénité. Elle est jeune mais c’est une femme affirmée. »

“En veille d’armes”

Au coeur de l’exposition dédiée à Mai 68, l’image dénote par rapport à ses voisines : à gauche, un homme attisant un feu au milieu d’une rue à l’aide d’un panneau publicitaire. A droite, un vieil homme, la tête en sang, est secouru par d’autres manifestants. Le contraste avec le calme qui règne dans le bar où siègent Cohn-Bendit et ses « camarades » de lutte est intriguant.

« Sac assez chic, pantalon en velours, le cendrier rempli de mégots, on voit cette ambiance aisée du Quartier latin, décrit Pierre, 57 ans, Montpelliérain de passage au festival. Quand je les vois dans ce bar, j’ai l’impression que ces étudiants sont en veille d’armes. » Et son amie Laurence d’ajouter : « Nous avions 7 ans lorsque les émeutes ont éclaté. Chez moi, nous avions souvent la radio et la télé allumées, mais presque jamais le midi. Ce jour-là, mon père a mis la télé et nous avons découvert les images. »

Marlyse, qui avait 8 ans, n’a plus aucun souvenir de ce 8 mai 1968. Mais elle est toute aussi sensible à cette scène parue dans le journal France-Soir : « On a l’impression qu’ils se disent : “On a fait ça aujourd’hui ? Et demain que va-t-on faire ?”. »

C’est une sorte de débriefing et on remarque aussi, en arrière plan, la une d’un journal (le premier numéro d’Action, un journal militant, ndlr) qui titre sur la guerre du Vietnam. C’est un écho à leur action. »

VICTOR TILLET et JEAN-ADRIEN TRUCHASSOU

Crédit photo : Tony Bosco / Fonds France-Soir - BHVP / Roger-Viollet
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